BUCEPHALE EST PROBABLEMENT LE CHEVAL LE PLUS CELEBRE DE L’HISTOIRE. 

Au milieu du 4e siècle av JC, le futur Alexandre le Grand, qui n’était encore qu’un enfant, remarqua chez un marchand ce cheval dont personne ne voulait. C’était un cheval fougueux, mais perpétuellement nerveux car il avait peur de son ombre (ce qui n’est pas sans rappeler un autre cheval de renommé mondiale, dont le copain Rantanplan souffre du même mal…). À la surprise générale, Alexandre réussit à le dompter en le plaçant face au soleil.
De ce jour ils restèrent inséparables. Jamais le cheval n’accepta un autre cavalier. En retour, le roi lui fut attaché avec un tel excès qu’un jour qu’il l’avait perdu, il menaça de massacrer tout un peuple pour le retrouver!
On sait peu de choses sur lui. Même l’origine de son nom, qui assemble les mots grecs boos, le bœuf, et kephalê, la tête, reste mystérieuse. Des auteurs anciens rapportent qu’il aurait eu une tache en forme de bœuf sur la tête. D’autres, que sa tête tout entière aurait rappelé celle de cet animal. Quoi qu’il en soit, sa légende doit beaucoup à cette particularité.

Selon d’autres traditions, naturellement invérifiables, il était pourvu de cornes.
C’est en tout cas ainsi que se sont plus à le représenter d’innombrables artistes au cours des siècles. Une tête massive, pleine, plus épaisse que la plus épaisse des bières, plus pleine que le plus plein des ivrognes.zne tête qui en impose. Coiffé de cornes ou coiffé au poteau (par une jument grise, comme l’a imaginé Thomas Fersen), Bucéphale, depuis vingt-trois siècles, avance sous sa crinière des arguments incontestables pour se faire remarquer. Sa vigueur lui a permis d’accompagner pendant près d’une vingtaine d’années son célèbre maître sur tous les terrains de ses conquêtes, montrant vaillamment son front caractéristique de champ de bataille en champ de bataille. Il vécut presqu’aussi longtemps qu’Alexandre.
Mais contrairement au roi, qui mourut fort jeune après une vie abîmée précocement par l’alcool, Bucéphale, pour un cheval, vécut fort vieux. Après de nombreuses années à courir de la Grèce aux confins de l’Inde, ce noble canasson fut rattrapé par la Camargue.
Fut-il frappé au cours d’une bataille ? Rendit-il les armes devant le poids des ans ? Là encore, les témoignages divergent.
Mais à sa mort, Alexandre fut tellement inconsolable qu’il fonda une ville sur les rives de la rivière Jhelum, là où son fidèle compagnon était mort.
Elle reçut le nom de Bucéphalie.
Bucéphale qui vous accueille aujourd’hui n’a d’autre ambition que votre bien-être et votre plaisir.
Si les verres bus parviennent à tenir à distance les céphalées,
ce café-cultures, sorte de cheval-bœuf musical aménagé dans d’anciennes écuries,
sera digne de cette gueule exceptionnelle aux allures de figure historique.

DES ANCIENNES ECURIES D’AUBERGE
AU CAFE-CULTURES BUCEPHALE

Située au croisement de deux grandes routes allant de Riez à Fréjus et d’Aix-en-Provence à l’Italie, Draguignan fut dès le 13e siècle la capitale de la Provence Orientale (1235).
Le quartier de l’actuelle place Claude-Gay a pendant longtemps constitué la limite ouest de la ville. C’est là, près de la porte du Rosaire, au départ de l’antique voie Romaine menant à Aix, que s’installe hors les murs le couvent des Dominicains en 1305. Des vestiges importants de la nef sont encore bien visibles dans les maisons allant de la place Claude Gay au n° 26 du Bd de la Liberté. Le bâtiment qui abrite le Bucéphale est construit sur l’ancien emplacement du cloître et des bâtiments conventuels.

Le XVIe siècle est désastreux pour le couvent dont le cloître est démoli par l’armée de la Ligue qui occupe la ville. En 1622, la construction du 3e rempart sépare l’église du cloître. Sur sa partie extérieure se développe un petit chemin, la montée du Rosaire, qui deviendra le boulevard de la Liberté au début de la Troisième République. Au XVIIIe siècle, les religieux édifient dans l’enclos une auberge à l’enseigne de Saint-Dominique. En contrebas, le clos des Dominicains, qui corresponde à l’actuel clos Jean-Aicard, abrite vergers et jardins : il est régulièrement soumis aux inondations provoquées par les eaux parfois tumultueuses du torrent de la Riaille. Le couvent est vendu comme bien national à la Révolution et divisé en lots.

L’auberge reste pendant longtemps la seule construction de ce côté de la rue. À la fin du XIXe siècle, les propriétaires de l’auberge décident de détruire leurs anciennes écuries pour en construire de nouvelles, beaucoup plus vastes, au nord du bâtiment principal. Ce sont ces nouvelles écuries qui accueillent aujourd’hui le Bucéphale.

Avec son développement comme voie de communication entre d’un côté la route de Lorgues et de l’autre celle de Grasse, le boulevard devient passant et s’enrichit de nombreux commerces.


Au début du XXe siècle, les écuries perdent progressivement leur raison d’être avec le recul du rôle des chevaux. Elles prennent leur indépendance de l’hôtel et sont transformées en commerce au lendemain de la Première Guerre mondiale.